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notes écrites > mémoire de maîtrise > I ) la source d’inspiration que constituerait pour la réalité virtuelle, la vision grecque >

Oedipe à Colone

Face aux nombreux points d’ ancrages potentiels, pour la sélection d’exemples au sujet que je tente de développer dans cette premiêre partie,une oeuvre arrive en premier ,qui est donc ce que l’on peut encore percevoir du théâtre grec ,et plus précisément du théâtre de Sophocle que je connais le mieux . Dans le cadre d’une étude de l’hypermédia par le biais du , des réseaux mondiaux de télécommunications , d’Internet , la relation avec la conception grecque de la place publique peut sembler facile .L’esprit démocratique et capitaliste des grecs qui tenaient sur une place commune leurs manifestations , autant politiques , sociales que culturelles et religieuses , comme appartenant à une même forme de représentation du pouvoir décisionnel et de la puissance , ne se rapproche t’il pas du concept moderne et non encore véritablement avenu de village globale , où tous les êtres "connectés" seraient en mesure de participer en une même place en temps réel , présents , au jugement et à l’appréciation ,de l’une des véritables forme de pouvoir qu’apparaît être la communication ? Quant à savoir si les messages communiqués dans ces deux sociétés possêdent un , des points communs dans leur nature , c’est bien la question qui est posé ici , dans le sens où ils seraient en mesure de révéler les éléments qui incitent à la réunification et la transformation des différents arts dans une même optique hypermedia. Il est relativement difficile d’imaginer aujourd’hui ce à quoi pouvait ressembler dans son ensemble une représentation théâtrale grecque . L’élément que l’on oublie souvent à la simple lecture du texte est le rapport étroit que devait avoir le texte joué avec la scêne , la danse , la musique et le choeur (le choryphée) . (voir la préface de la pléiade des tragiques grecs ) . Plus que cela , le choeur , qui voulait dire danse à l’origine avant de prendre le sens actuel , aurait eu le pouvoir de diriger le texte et les actions du récit : "la structure de la tragédie en reflête les origines : le choeur étant primitivement l’essentiel , c’est par rapport à lui que les différentes parties sont désignées ;"[...]"Le rôle de la danse dans les choeurs était primordiale(le mot "choeur" signifie d’abord "danse")

(Pleiade)

C’est une chose qui apparaît três nette à la lecture d’Eschyle , d’Eurypide et de Sophocle , où le choryphée et le choeur (hélas pour nous aphone et immobile) encadrent et cerclent chaque intervention d’acteurs , comme une masse sourde et violente qui viendrait inciter leurs comportements .C’est ici le caractêre polyphonique qui semble exister de maniêre le plus remarquable ( que l’on ne peut hélas que s’imaginer ) : "il y a, dans les moments pathétiques, des solis d’acteurs (monodies) et des dialogues ou mi-parties lyriques, mi-partie parlés, entre les acteurs et le choeur [...]"

(Pleiade)

Polyphonies et dialogues , véritables fugues três élaborées , qui tissent un , plusieurs liens de convergences non seulement entre le texte et les scênes d’acteurs , mais surtout entre les acteurs et le choeur , puis le choryphée , et qui selon la forme perçue dans certains passages laisseraient entendre une maîtrise chorégraphique , musicale et orchestrale (dans leur sens large ) tout à fait exceptionnelle .(Voir polycopiés numéros 1,2,3,4)

Mais l’un des éléments essentiels qui fait de ce passage et des oeuvres grecs qui lui ressemblent , à mes yeux une véritable préfiguration de la notion encore nouvelle et toujours difficilement applicable d’hypermédia , est la forte synergie que tente de constituer les différents langages mis en paraboles , dans un seul espace spirituel à la symbolique três forte - ici celui d’une conception mystique ? A la façon dont le message écrit est entrecoupé et réorienté constamment ,inachevé en un sens , comme la partie manquante d’un corps plus grand , il est possible de ressentir combien ces artistes devaient penser leurs différents arts vivants , l’art des mots avec l’art du corps et l’art du corps avec l’art de l’esprit , comme des schêmes aux esprits imparfaits , devant tenter de s’associer , de s’emboaîter , au risque de sacrifier leur spécificité , ainsi ouverts et corrélés autour de la vicissitude d’une absence meurtriêre , ( à l’origine du trouble et de la tragédie qu’ils jouent ? )

Plus encore , cette maniêre écrite d’agencer un discours , et qui apparement se déclinait à leurs différents arts ,peut se voir comme représentation d’une conception déjà avancée de la notion de virtualité .L’ensemble de la tragédie Oedipe à Colone est à cet égard également três représentatif . Le nombre d’acteurs pour la jouer étaient selon toute vraisemblance de trois ( contre deux seulement , voire un seul pour les autres tragiques ) , alors que le nombre de personnages et d’entités dépassaient largement ce nombre ; le dédoublement des rôles , l’inversion des sexes , le passage d’un rôle représentant un humain à celui plus difficile à cerner telle que le choryphée , se revellant apparemment chose courante . "on sait qu’au récitant unique de la cantate originelle , la tragédie, dês avant Eschyle, ajouta un second acteur , et que Sophocle porta ce nombre à trois , innovation dont profita Eschyle dans ses derniêres oeuvres [...] Cette limitation du nombre des interprêtes (tous des hommes) n’affectaient pas celui des personnages. Ils se partageaient les rôles sans distinction de sexe , transformation rendue possible et rapide , nous l’avons dit , grâce au costume et au masque ."[...]

Espace de perception du vivant , qui rejoint ces communautés virtuelles sans visages que celui de l’avatar , dont le sexe est par nature ambig༠et indéterminé .

Mais en plus de cela , certaines piêces possêdent une particularité embarrasante , dont Oedipe à colone , qui est la suivante : "La distribution des rôles posent un problême que nous ne sommes guêre en mesure de résoudre .La piêce ne peut se jouer avec trois acteurs qu’en partageant un rôle entre plusieurs ( au même instant ! ) ; sinon il en faut un quatriême.[...]"

Le problême pourrait venir de la conception spirituelle de la piêce elle même , qui relate le récit d’une disparition , celle d’Oedipe lui-même . Chassé de son royaume pour une tragédie bien connue , il se retrouve seul à errer en compagnie de ses étranges filles à la recherche d’un asile ; arrivé aux abords d’Athênes , il finit par gagner la protection de Thésée , qui le protégera avec son peuple contre Créon , son usurpateur dont le désir est de le ramener de force lui et ses filles (quand le droit à la sépulture lui est refusé),contre son gré dans sa patrie (d’où il a été honni ) .Et c’est aprês cet événement , à la toute fin , qu’on assiste à la disparition étrange d ’ Oedipe , accompagné dans la mort par son protecteur Thésée et relaté par un messager : "[...] Mais , à quelque distance et au bout d’un instant, nous nous retournons et nous voyons que des deux hommes (Oedipe et Thésée) l’un n’était plus là , et l’autre , notre roi , avait la main au front, s’en ombrageant les yeux , comme en présence d’un spectacle effroyable qui se fut révélé à lui et dont il n’eût pu supporter la vue ." [...]

(Traduction de Paul Mazon , Oedipe à Colone , dans les cinq dernieres pages .)

"Des deux hommes , l’un n’était plus là , et l’autre " [...] ; figure rhétorique singuliêre (ce n’est qu’une traduction ! ) dans un théâtre qui ne craint pas de perdre les spectateurs dans l’ambiguà¯té qu’imposent les masques , et l’interconnexion autant des arts que des personnages eux mêmes , qui se démultiplient et finissent par littéralement se confondre , deux hommes , ou plutôt deux entités spirituelles n’en faisant plus qu’une ( ! ) ; dans un théâtre qui en somme ,dans la réunion des différents arts vivants , semble rechercher la commutation des espaces et des lieux , autant que celles des vivants eux-mêmes ( ! ) ; De là peut naître la question un peu ésotérique et vague de savoir si effectivement deux corps peuvent ainsi , aprês s’être invertis et démultipliés plusieurs fois , en filles , en ennemis , et en choeur , en danseurs , en peuples , en avatars , en morts ,...etc , se confondre pour former une nouvelle entité (selon toutes vraisemblances à en croire l’origine du théâtre grec la piêce pourrait se jouer avec un seul acteur ) . La réponse logique est non . Mais ... ( Cela dépendrait t-il du niveau de réflexion auquel on se situe ?)

De la question que l’on se pose , pourquoi en vient on actuellement comme Brenda Laurel , à parler d’une culture ancienne où le média technologique est quasiment absent , pour spécifier la nature de langages justement technologiques : dans un contact prolongé avec les nouveaux médias , et surtout au de celui des réseaux informatiques ( Internet ) , comme je tenterai de le développer plus loin , il apparaît que nous sommes en présence d’une communauté virtuelle , dont on ne sait jamais si par sa présence-absence , elle se révelle fondamentalement irréelle o au contraire , bien ancré dans une réalité agissante déjà présente et à venir , dans toutes les dimensions possibles du monde .Et peut-être semble t’il important alors de considérer la nature symbolique et onirique d’un tel phénomêne , de perception de la virtualité : (or la nouveauté du-des médias technologiques et le peu d’auteurs capables de bien en parler oblige souvent notre faiblesse conceptuelle et de pensée à rechercher dans le passé ce qui nous permettrait de les comprendre et de les maîtriser-spirituellement parlant . )


Dans la rubrique

+ 1) Oedipe à Colone
+ 2) Le salon des ombres des ombres, Luc Courchesne
+ 3) Howard Rheingold et Brenda Laurel
+ 4 ) Place Holder , de Brenda Laurel
+ 5) L’ Illiade ; Homere, ou la possession de l’armure virtuelle .