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notes écrites > mémoire de maîtrise > I ) la source d’inspiration que constituerait pour la réalité virtuelle, la vision grecque >

Le salon des ombres des ombres, Luc Courchesne

Le salon des ombres , schéma .

Une oeuvre de Luc Courchesne , artiste Canadien ( professeur de design et de médiatique à l’université de Montréal ) semble assez bien correspondre au schéma décrit précédemment : le Salon des ombres , dont j’ai pu voir une présentation vidéographique , avec les commentaires de l’auteur présent dans la salle , aux états généraux de l’écriture Interactive de 1996 , organisés par Art 3000 . L’installation est disposée dans une piêce sombre (voir schéma) , éclairée par de faibles et douces lumiêres ; elles mettent en valeur une architecture mi quadri-partite mi circulaire fort sobre où l’on reconnaît le talent d’un designer , possédant une grande maîtrise de la notion d’espace , quand il s’agit de le mettre en rapport avec les hommes . Le tout donne une impression spéculaire assez remarquable , un rapport au miroir pas moins étrange - d’un miroir qui reflête d’autres corps que celui du spectateur . En somme , déjà une tentative d’ interaction avec le miroir ,l’ombre de l’ autre désiré .

"C’est à nous qu’ils sont pareils ! repartis-je. Peux-tu croire en effet que des hommes dans leur situation d’abord , aient eu d’eux-mêmes et les uns des autres aucune vision , hormis celle des ombres que le feu fait se projeter sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?"

Extrait du chapitre VII de la République , La caverne , Platon .

L’effet d’étrangeté sera accentué pour nous par l’accent Canadien de tous les personnages , et de leur tournure d’esprit bien distinct de celui que l’on pourrait avoir l’habitude de rencontrer .Et je ne peux pas dire , si le calme , voire l’inertie (non ce n’est pas de l’apathie comme j’aurais pu le croire un moment ) de la piêce sont dus au caractêre de l’auteur ou à une esthétique de l’esprit Canadien .Les spectateurs ,peut-être une dizaine , peuvent donc entrer dans la piêce pour découvrir quatres personnages fantômatiques -surtout leur(s) visage(s)-qui semble(nt) littéralement flotter dans les airs .L’effet est obtenu grâce à quatre images vidéos prénumérisées d’acteurs bien réels ,qui ont joué les rôles ; ces images sont projetées du plafond pour être réfléchies dans l’espace de la piêce par des plaques de verres .Le dispositif est contrôlé par cinq Macintosh montés en réseau par l’intermédiaire du réseau TCP/IP .

L’action est censé durer environ dix minutes .Elle est bien scindée en quatre temps .

1) Le premier est constitué de la discussion des quatres ( ou plutôt cinq , mais il y en a un qui disparaît dês le début , (tiens tiens...) entités virtuelles , aux visages , à la personnalité bien distincts , trois hommes et deux femmes , qui ne se soucient apparemment pas des spectateurs présents . On assiste à des conflits d’opinions , en ce qui concerne l’avenir de l’homme dans le virtuel ; problêmes politiques , problêmes de métaphysiques , de physiques ?

2) à‰vénement qui dure jusqu’à ce qu ’un des spectateurs décide d’aller actionner un des quatres écrans tactiles positionnés sous chaque personnage ; écran par l’intermédiaire duquel il va pouvoir virtuellement entrer en contact avec les images spéculaires , en sélectionnant des phrases formulés en questions , ( que les ordinateurs véhiculeront vers d’autres séquences vidéos , ) , auxquelles elles-les représentations flottantes des personnages - donnent l’illusion de pouvoir répondre oralement .

3)Tout concourt alors ,dans une synchronisation et une interaction (difficile apparemment à mettre en place) des actions vidéographiques sélectionnés par les spectateurs , à donner l’illusion de l’instauration d’un dialogue , entre les personnages virtuels et les personnages réels , au point qu’une forme d’amitié serait possible . Le débat peut alors s’engager ,et évoluer selon les chemins logiques qui ont été prévus par l’auteur , en fonction des choix du spectateur . ( Comme un jeu de rôle . )

4)Mais ce chemin apparaît devenir plus sinueux et difficile , quand ces mêmes ombres engagent et avouent à leurs "auditeurs" leurs doutes existentiels ,et leurs problêmes : comment peuvent-ils espérer un jour sortir de leur état de virtuel ? (Est-ce que vous , spectateurs , seriez en mesure de nous sortir de là , de cet état lamentable ) ?En fonction des actions , des choix de questions -réponses du spectateur , (qui consiste en grande partie à la simple décision de les aider ou non) une solution potentielle alors s’opêre qui dénouera l’action -tragique- de la disparion des êtres virtuels .Action tragique qui pourtant selon ce qu’a pu dire l’auteur lors de la conférence , pouvait avoir un dénouement heureux .(Même si cela restait encore , du domaine de la suggestion .)

Ici je donne la structure de la narration,telle qu’elle est donnée sur le site Internet de Luc Courchesne http://www.ame.umontreal.ca/ecoles/din/plancours3131/.( Se servir du logiciel de recherche Yahoo ! pour trouver toutes les adresses le concernant

Transition 2/3 : "Please meet..."

Level 3 : Relationships between men and women : two worlds

Transition 3/4 : We cannot touch (We are not humans)

Level 4 : "Get us out of here"

End : The installation crashes

Marie

Level 1 : She drops by.

Beaucoup d’éléments peuvent rester obscurs face à une telle oeuvre, et le discours de Luc Courchesne le rendre parfois translucide ; il semble tout de même que cela soit un parti prit . J’ai parcouru le plus grand nombre de sites possibles pour trouver l’élément qui serait en mesure de justifier précisément l’idée que j’en ai , et pourquoi je l’utilise ici : en quoi le rapport avec le virtuel technologique ,nous plonge t’il donc , volontairement ou non, dans les arcanes de la conception esthétique et spirituelle grecque ? Or cela n’a pas été facile , j’ai bien découvert qu’il connaissait parfaitement cette même culture grecque ,et également qu’il était en mesure de mener des reflexions à l’image de ce que l’école du MIT pouvait générer .(il possêde une maîtrise d’ingénierie de cette école. ) Mais rien de três précis . C ’est un texte sur la recherche de l’imatérialité dans le design et les nouvelles technologies qui cependant de façon assez remarquable peut nous éclaircir ; dans son langage il commence par énoncer la transparence , la minceur de l’objet informatique comme une quatriême dimension de par sa nature mouvante d’interface , qui pousserait inéluctablement l’utilisateur vers un au delà de son corps .

"Ces objets (informatiques) prennent forme autour du scénario de leur utilisation. Formellement ils correspondent davantage au modêle perceptuel tel que défini par la psychologie cognitive qu’aux déterminismes issus de l’ergonomie classique ou d’une approche mécaniste . En réfêrant formellement à un processus , ces objets deviennent une représentation de la 4e dimension , leur essence étant plus ancrée dans la transformation de l’objet que dans sa matérialité . La progression vers l’immatérialité de l’objet technique s’accentue encore davantage avec cette catégorie d’objets techniques dont la fonction est de contenir et de présenter de l’information . L’information devient alors le matériau principal de cette catégorie d’objets et le formalisme qui en découle n’a de matériel que l’interface entre l’utilisateur et le contenu. L’aspect concret de l’objet se trouve alors considérablement réduit : (c’est moi qui souligne)Celui-ci devient une fenêtre dont la qualité principale est la transparence. L’objet à contenu est non seulement entiêrement référentiel parce qu’il repousse inexorablement son utilisateur à l’extérieur de sa matérialité physique, mais il doit par surcroaît, ne pas encombrer, se faire oublier, disparaître." *

Il poursuit par l’affirmation de l’inéxorabilité de cette notion d’immatérialité dans le désir des personnes qui se positionnent et travaillent vis à vis de l’interface numérique ; deux questions le tourmentent alors : S’agit-il ici d’une frontiêre qui ouvre sur un nouveau monde ,

( "l’immatérialité se présenterait en quelque sorte comme la porte de sortie des créateurs confinés aux limites d’une idée de progrês liée trop intimement à la matiêre ")

ou au contraire un systême déréalisant et totalement utopique ?

Enfin , là où je désire en venir ,il écrit ce passage :

"Il est étonnant de trouver dans " L’invention de Morel ", un roman de l’écrivain argentin Bjoy-Casares écrit en 1952 (1) , un dispositif qui ressemble en tout point à ce que nous propose aujourd’hui le synthétiseur de réalité virtuelle. Dans le roman, le personnage de Morel , un entrepreneur/inventeur des années 30 avait immortalisé en le synthétisant à l’aide d’un appareil de son invention s’apparentant à un magnétoscope holographique, le séjour de son groupe de collêgues et d’amis dans une aîle déserte du Pacifique. Un voyageur qui débarque sur l’aîle plusieurs années plus tard à la recherche de solitude , est surpris par l’apparition du groupe et confondu par le réalisme des personnages et des situations. Malheureux d’être tenu à l’écart , il cherche à s’introduire auprês d’une femme faisant partie du groupe . Aprês quelques déboires , il découvre enfin le subterfuge et le procédé par lequel il se produit . Pour être admis dans le groupe , il décide à son tour de synthétiser son existence , sachant fort bien qu’il ne survivra pas physiquement au passage du coté de l’immatériel."

On reconnait ici la structure même de ses préoccupations actuelles .(Et d’une structure dont je m’occuperai tout le long de ma maîtrise ,théorique et pratique ) . De plus il met le point sur ce qui peut-être peut constituer une constante et un point de vecteur relationnel de l’opération hypermédia , qui consiste autant pour la vision profonde grecque que pour les désirs qui ont fait émerger le désir de la réalité virtuelle , à positionner des forces soeurs multi-médias en miroirs spéculaires équarris , pour obtenir la mise en abaîme de l’espace et en reveler la faille ( incomblable ? ) qui nous tue ,dans l’espoir que ces mêmes forces , par leur sacrifice , puissent combler et commuter cette dissociation de la matiêre .

Problême de la disparition d’oedipe ( d’Antigone enterrée vivante ) ici retrouvé symbole même du rôle ,de la propension du langage (du vivant )à créer la catharsis ,le drame, la tragédie de l’écartêlement des dimensions du vivant .

Et de l’ambivalence non moins tragique d’un rapport à l’interfaçage entre inceste regressif et espoir du miracle, que provoque la commutation .

1

1 et 2 Le salon des ombres ,détails . 3 Derniere oeuvre de Luc Courchesne


Dans la rubrique

+ 1) Oedipe à Colone
+ 2) Le salon des ombres des ombres, Luc Courchesne
+ 3) Howard Rheingold et Brenda Laurel
+ 4 ) Place Holder , de Brenda Laurel
+ 5) L’ Illiade ; Homere, ou la possession de l’armure virtuelle .