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notes écrites > mémoire de maîtrise > I ) la source d’inspiration que constituerait pour la réalité virtuelle, la vision grecque >

L’ Illiade ; Homere, ou la possession de l’armure virtuelle .

Avec Homere , nous descendons encore plus loin dans le temps , dans la forme primitive de l’épopée que nous connaissons .Mon souhait ici est de focaliser l’attention sur la narration de la lutte qui engage le peuple achéeen contre les troyens , dans la guerre de Troie ,pour la possession d’une armure ,celle du héros Achille .Il n’y certainement pas la place ici , pour un résumé digne de ce nom ,de l’intrigue de l’illiade .De plus , n’importe quel dictionnaire est en mesure de le faire .Rappelons seulement que c’est parce que Pâris , fils du roi de Troie , (Priam) a volé la belle Hélêne , que le peuple Achéen , malgré des tentatives d’arrangements à l"amiable" entre les deux peuples, mêne la guerre contre les Troyens .Les héros Troyens sont entre autres Achille ,le plus valeureux guerrier ,Ulysse , le plus vif d’esprit ,Agamemnon , le roi des troyens aveuglé par sa fierté ,les deux Ajax ...Puis Patrocle , le fidêle serviteur d’Achille . De l’autre côté , essentiellement Hector , qui conduit ses guerriers , et protêge sa citée ainsi que sa famille. Enfin au centre , les dieux , qui manigancent tout et trompent la ferveur des guerriers . C’est lorsque le combat est devenu le plus violent , que l’action se passe ; Achille , le plus valeureux des guerriers , brouillé avec son roi Agamemnon , refuse de combattre ; et son peuple , le peuple achéen ,est mis à mal par des Troyens qui se sont remis d’un début de guerre difficile .Aussi Patrocle , le fidêle serviteur d’Achille , a t’il supplié que celui ci lui offre son armure ,ses chevaux et son char afin de pouvoir repousser l’ennemi .Une fois l’offre accordée , Patrocle effectivement sur le champs de bataille multiplie les exploits et redonne espoir aux Achéens , mais -c’était la destinée des dieux-il se fait tuer par Hector .Celui-ci lui pique son armure , l’armure d’Achille , s’en accapare en l’enfilant ,et combat avec des forces singuliêrement doublées .Le combat se focalise maintenant sur le corps du mort lui même , Patrocle ,qu’il devient capitale de posséder dans son camp , au point qu’Ulysse le si avisé , risque sa vie ,en compagnie des deux Ajax , pour que le corps de Patrocle ne soit pas profané par Hector .La situation est critique pour les achéens .Heureusement , Achille qui a appris la mort de son proche , reprend le combat et parvient à éviter que l’on outrage son ami et serviteur .Les pages de deuils terrifiantes qui s’en suivent semblent avoir pour rôle de permettre à l’âme de Patrocle de bien être ensevelie, selon un schéma liturgique sacrificiel propre à l’esprit grec . Achille reçoit une nouvelle armure , et se lance alors dans une série de combat qui le mêneront à tuer Hector ;Hector qui lui a volé son ami autant que son armure .Et dont le corps de mort va servir de maniêre étrange à expier le crime commis sur Patrocle :attaché aux chevaux d’Achille , il sera traîné dans la poussiêre autour de la tombe de Patrocle .

"Alors , à son char , il attelle ses chevaux rapides , et , derriêre la caisse , il attache hector , pour le traîner sur le sol .Puis , quand il l’a ,trois fois de suite ,tiré autour de la tombe où git le corps du fils de Ménoetios , il s’arrête et rentre dans sa baraque , le laissant dans la poussiêre ,étendu la face contre terre ."

Les danses guerriêres et mortuaires autour d’un mort et d’une armure à posséder , et qui se partagent à tour de rôle dans les deux camps en lutte ,évoque sans aucun doute un combat spirituel ,autant si ce n’est plus que celui des corps et des peuples ; le sort du combat est scellé apparemment avant même qu’il ne commence (tout le monde sait et doit savoir que les achéens seront les vainqueurs des Troyens ;) et tout est fait pour que l’on ne s’attache pas, et que l’on ne focalise pas à désigner un vainqueur ; mais bien plutôt sur l’espace symbolique de la présence virtuelle de l’armure du mort , qu’il faudrait pouvoir réanimer ; et qui est impossible .Dans le sens de la focalisation opérée par l’auteur nous sommes amenés à considérer le dessein divin de l’ entreprise commune , comme devant aboutir à la victoire ou à la défaite des deux peuples ,mais pas de l’un d’eux (ils finissent tous sauf Ulysse , par périr de mort violente ).Le champs de bataille apparaît quelque part comme le lieu sacrificiel où l’armure censée protéger les corps devient le lieu de partage et de pressurage du sang donné et versé ,comme un avatar virtuel de l’âme , des âmes communes des peuples prises entre vie et mort .Qu’Achille soit amené à tuer Hector ,ce dernier vêtu de la propre armure de l’Achéen , que le Troyen avait dérobé à Patrocle sa victime , à qui Achille avait cédé ses armes ,montre bien le schéma circulaire sacrificielle de corps puissants devenus , ou par nature trop proches pour ne pas créer l’ouverture de l’esprit à un combat bien au delà du terrain de bataille , qui font se rejoindre les ennemis dans une forme avatar capable de réunir le sang et les larmes des êtres humains qui combattent contre ce qui les détruit réellement ;et où l’on voit le pêre du vaincu Hector ,Priam , venir prier Achille de lui remettre la dépouille de son fils ;

"Va, respecte les dieux , Achille, et , songeant à ton pêre , prends pitié de moi.Plus que lui encore , j’ai droit à la pitié ; j’ai osé , moi ,ce que jamais encore n’a osé mortel ici-bas : j’ai porté à mes lêvres les mains de l’homme qui m’a tué mes enfants ." Illiade , Priam chez Achille , chant xxiv . (La mythologie grecque nous apprend par ailleurs , qu’Achille , Achéen, était en définitive , quelque part , três proche de sang des Troyens et de Priam .)

Dans ce contexte , il peut apparaître évident que le combat auquel nous assistons ici , peut bien être considéré comme une forme de démonstration de la virtualité des âmes des êtres en mesure d’agir ensembles autour d’un même corps et d’une même cause . Le style guerrier du texte d’Homêre , qui se révêle extrêmement proche des corps et des esprits des héros , décrits en images et paraboles successives , et qui selon toute vraisemblance devait être à l’origine narré et chanté , mis en musique comme un conte chorale ,révêle combien le désir d’immersion et de communion des hommes , autour de points de rencontres virtuels , n’a pas attendu l’essor des nouvelles technologies de notre siêcle pour se développer comme élément centrale des langages artistiques ; à mes sens , il n’y a pas beaucoup d’oeuvre plus bruyante et plus imagée que celle d’Homêre ,qui soit en mesure de récréer ce courant qui nous mettrait en relation comme un immense fleuve , avec tous les éléments physiques indispensables à notre vie .

6)William Gibson , Neuromancien

Positionnée à l’opposé du temps humain perceptible de nos jours , se situe l’oeuvre de William Gibson , Neuromancien : livre futuriste adoptée par les cultures modernes qui voient l’ordinateur et ses formes du futur , continuer le corps et l’esprit de l’être humain dans un hypermédia virtuel et technologique auquel nous serions directement branché .Il me vient à l’esprit de la mettre en comparaison avec l’oeuvre d’Homêre dans le sens où le style employé ,qui découle de la science fiction moderne et décapante des années soixante soixante-dix américaine ,dénommée depuis Cyber-punk, se révêle un style guerrier ; pour la narration d’une histoire qui fait référence à un combat , une lutte menée à distance par l’esprit connecté à un réseau .C’est l’esprit encore ici , et son pouvoir d ’ imagination , qui deviendrait le langage premier d’une action hypermédia de réalité virtuelle à venir , semblable peut-être , quelque part , au rôle qu’aurait eu à tenir les guerriers grecques autour de l’armure et du corps de Patrocle-Achille-Hector-Priam ...etc Case est le héros de ce roman ; il est décrit comme une forme de pirate des réseaux virtuels ,réseaux imagés sous la forme d’une matrice , sur lesquels l’esprit , les esprits des hommes seraient en mesure de venir se connecter directement pour effectuer des actions véritables ; plongé dans une console comme dans un tombeau ,il entre dans l’esprit de lieux et de personnes , en compagnie de Molly et quelques autres personnages , avec lesquels il ne ferait en quelques sortes plus qu’un , afin de voler des données ultra-secrêtes ; ceci pour le compte d’une organisation mystérieuse .William Gibson se sert de ce schéma de rapports , et de commutations virtuelles , afin de nous faire pénétrer de façon habile ,et pour que que l’on puisse quelque part accrocher à ses croyances , à son imaginaire mental . Par cette occasion , il se permet d’essayer de rendre potentiellement réel ce qui ne serait , autrement perçu que comme une vague rêverie .Mais c’est bien également peut-être aux combats effectifs des âmes et des esprits au travers du temps et de l’espace qu’il voudrait nous initier. C’est ici encore que l’on peut se rendre compte ce qu’est en mesure d’apporter aux langages et aux hommes les nouvelles technologies : la réalisation de réseaux électroniques qui auraient le pouvoir , de générer une communication beaucoup plus directe et forte des esprits entre eux ; ceci par l’intermédiaire ,l’aide d’impulsions électroniques -amplificatrices des sens- capables de traverser et commuter l’espace ;en somme , à l’image d’une sorte de prothêse armurée globale , apte à soutenir et maintenir les hommes déchus aux désirs impossibles , dans une reformulation constante, commune et universelle . Dans les réseaux informatiques , se développe ainsi , comme nous serons amenés à le voir dans mes troisiême et quatriême parties , des langages technologiques et artistiques , où tout semble fait pour qu’un évênement précis , un milieu ,une oeuvre puissent être façonnés comme une structure sur et dans laquelle les êtres pourraient agir à distance , comme s’il s’agissait de leur propre corps , spirituel ( et pourquoi pas physique , si c’était possible ?), ou plutôt d’un corps spirituel plus vaste , telle une matrice , capable de leur révéler ce à quoi ils seraient destinés , et de leur donner un accomplissement , un sens .

Bemol ( note) Mais il est évident également qu’au travers de la réalité virtuelle , comme source d’hypermédia, l’être d’un côté peut espérer s’y plonger tout entier pour trouver une meilleure condition potentielle , comme on se plongerait dans une tragédie grecque ; mais de l’autre développer des mondes beaucoup moins nourris spirituellement où l’immersion est la recherche d’une illusion , d’une mascarade irréaliste et brutale ,d’une amplification des sens artificielle qui pourrait lui coûter pas mal de son intégrité et le mettre en danger : pour en finir avec la mise en relation directe de la réalité virtuelle avec la vision grecque , rappelons que c’est à l’apogée de son théâtre et de ses conceptions dionysiaques (Pompéi !) que ce peuple a pu perdre pied ,et voir s’évanouir une notion de réalité indispensable à la bonne organisation d’un peuple et de la vie ; les jeux de guerre , la débauche ludo-érotique , le désir des transes pulsionnelles artificielles , étant ce pan logiquement complémentaire et transparent , capable de remplacer , d’effacer et de faire disparaître le désir d’absolu déchu ,comme l’est un bordel au coin d’une église,et un jeu de massacre à une oeuvre profondément spirituelle .Mais là encore il conviendrait d’être três prudent , le principe du bien et du mal ne se révélant -il pas três ambivalent et versatile ,en fonction du point de vue où l’on se tient ?(Pour Baudrillard , il semble que le mal absolu de la culture hypermédia et de toutes les sciences qui tournent autour , ne soient pas tant le mal lui même ,tel qu’on l’entend habituellement ,que la déréalisation même d’un sens possible de la vie ,disloqué qu’il est dans les médias transparents qui nous leurrent et dissimulent l’apocalypse qui gronde ,et qu’on ne saurait plus comment combattre (La transparence du mal ) .Virilio insiste de plus en plus dans ses derniers livres sur la dépendance catastrophique que peuvent entraîner sur la conscience et l’esprit humain ,sur ses cultures , sa sensibilité , la prise de contrôle sur nos esprits des nouveaux médias .Enfin pour finir rapidement ce petit tour d’horizon , qui peut être considéré comme une transition pondérante , évoquons le personnage d’une Sandy Stone (passer par le moteur de recherche Infoseek ou http://actlab.rtf.utexas.edu/ sandy/index.html ), véritable incarnation et martyre dans son esprit et sa culture de la résultante actuelle du désir viscéral et schyzophrénique d’un corps et d’un esprit qui cherche à passer tous ses problêmes pulsionnels dans un virtuel où il ne saurait trouver l’aimé recherché .

brêve Conclusion de la premiere partie

En quoi en définitive ,pour clore ma discussion ,la vision grecque comme les nouvelles technologies se réfêrent à des comportements du vivant souterrains , et inaccessibles autrement le plus souvent à l’esprit ,que par des paraboles semblables aux mythes grecs , où l’on apprend qu’un corps n’est pas un corps , ou jamais celui qu’on croit ; qu’il est multiple dans sa division et peut se trouver à plusieurs endroits à la fois , puis se commuter pour formuler un autre corps ; les langages de communication se révélant ici alors l’élément d’interface unificateur ou destructeur ,tel un courant électrique,(le média peut-il comme le pense Brenda Laurel ,ou Marshal Mac Luhan ,être considéré l’égal du langage lui même ?)de schêmes précis volontairement incomplets et fractionnés , à trous :pour que puisse s’instaurer un dialogue éventuel avec les divinités du vide , qui nous séparent de l’Autre , antre de la lumiêre ?

Il peut apparaître ici important d’interrompre la réflexion au niveau de la réalité virtuelle et de revenir un peu en arriêre , pour tenter de mettre en forme dans une seconde partie un court historique des innovations scientifiques et technologiques ,puis phénoménologiques et artististiques de notre début de siêcle ,qui ont pu amener à la conception moderne-que je développerai à la fin de cette même partie- d’ hypermédia .


Dans la rubrique

+ 1) Oedipe à Colone
+ 2) Le salon des ombres des ombres, Luc Courchesne
+ 3) Howard Rheingold et Brenda Laurel
+ 4 ) Place Holder , de Brenda Laurel
+ 5) L’ Illiade ; Homere, ou la possession de l’armure virtuelle .