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notes écrites > mémoire de maîtrise > IIII ) Apesanteur et Cybernétique : les reseaux informatiques >

Du Mahabharata à la cyber-culture

Je trouve important d’utiliser ce "point zéro" de l’art dans ma réflexion où il n’est plus que la représentation la plus directe possible de la lutte des corps pour sa survie et son équilibre (cf photo de Bhaîma sur son lit de flêche , pour tenter de conserver l’équilibre du peuple qu’il représente) dans le milieu instable et sans direction apparente où il vit, pour tenter de faire basculer ma reflexion dans la contemporaineité des théories et découvertes , puis applications scientifiques qui se révêlent à la base des nouvelles technologies et des nouveaux arts qui en découlent ; et je dois dire que je tiens de Paul Virilio ce droit que je me suis donné , peut-être un peu dangereux , de créer ce point de rencontre entre les visions culturelles passées ,et notre société dans sa plus grande modernité :

"les trajets [de la lumiêre numérique]et leur TRANS-APPARENCE signalant les constituants intimes de la forme-image, "forme de ce qui n’a pas de forme, image de ce qui n’a pas d’image" (Lao-tseu) ,figure d’une dynamique du vide semblable à celle de la physique sub-atomique dont la pensée orientale ouvrait , depuis longtemps la possibilité ."

(L’inertie polaire p27, la lumiêre indirecte .)

Etant entendu qu’il apparaît central dans la réflexion de son livre le soucis de mettre en apparenté "l’art du siêge" ("dernier véhicule") , fulgurant et inertiel des nouveaux cybernautes devant leurs nouveaux écrans de commutations où l’espace des différentes dimensions se chevauchent,

("Cette confusion de l’éthique et de l’esthétique, de l’endotique et de l’exotique, va provoquer une ultime inertie , une "inertie fonciêrement relativiste" puisque , non content de s’interroger sur sa position ou sur sa vitalité même , à l’exemple de cette particule dont nous parle Heisenberg, l’être téléagissant deviendrait en même temps ( c’est cela même le temps réel) incertain quant à sa position dans l’espace et indéterminé quant à son véritable régime de temporalité , l’endo-référence pondérale du corps physique cédant soudain la place à l’exo-référence comportementale d’un "corps optique ",due à la seule vitesse de transmission de la vision , comme de l’action ."

(P165 de l’inertie polaire )

tel celui du héros du livre Neuromancien de William Gibson qui se sert d’un fauteuil ultra moderne pour voyager et agir dans la matiêre spirituelle des autres cybernautes et de la matrice ; avec celui du lit de Bhaîma , entité cosmologique hindou qui sur son lit de flêche élêve son corps au niveau de l’esprit de la matiêre pour redonner un équilibre potentiel au monde ; puis enfin avec cet ingénieur issu de la science moderne , inventeur du transporteur aérien VOYAGEUR et qui désirait créer un engin "capable de satelliser un homme par ses propres moyens :

"faire de ce dernier , non plus l’égal de l’aigle , mais l’équivalent parfait d’un astre , d’un astéroà¯de .Atteindre par ses seules forces cette inertie où la masse pondérale du corps de l’homme devient identique à celle d’une planête en apesanteur ..."

Paul Virilio , Inertie Polaire , p166 .

Certes l’on sent bien que ces idées , surtout de la façon dont sont organisés les sociétés actuelles occidentales , tiennent d’une grande part de rêves , d’imaginations et d’utopies , mais reste que par leur fulgurance ,(et la grande difficulté qu’il y a à les saisir pleinement) , elles méritent certainement que l’on essaie de les comprendre , et les explorer sous tous les angles possibles .)Et le pêre même , spirituel , de la pensée contemporaine sur les nouvelles technologies , Marshall Mac Luhan , nous fait percevoir de telles issues possibles :

" La technologie électrique nouvelle qui étend sur toute la surface du globe un filet de prolongements de nos sens et de nos nerfs aura une portée immense sur l’avenir du langage .La technologie électrique n’a pas besoin de mots , pas plus que l’ordinateur numérique n’a besoin de nombres .L’électricité ouvre la voie à une extension du processus même de la conscience ,à une échelle mondiale ,et sans verbalisation aucune .il n’est pas impossible que cet état de conscience collective ait été celui où se trouvaient les hommes avant l’apparition de la parole .il se peut que le langage , cette technologie de prolongement humain ,dont nous connaissons si bien la capacité de diviser et de séparer ,ait été la "tour de babel" par laquelle les hommes ont cherché à escalader les cieux .Aujourd’hui ,l’ordinateur s’annonce comme un outil de traduction instantanée , dans tous les sens ,de tous les codes et de toutes les langues .L’ordinateur , en somme ,nous promet une pentecôte technologique , un état de compréhension et d’unité universelles .Logiquement ,l’étape suivante consisterait ,semble t’il ,à préférer aux langues , au lieu de les traduire , une sorte de conscience cosmique universelle assez semblable à l’inconscient collectif dont rêvait Bergson .L’état d’ "apesanteur ",où les biologistes discernent la promesse de l’immortalité physique ,aura peut-être son parallêle dans un mutisme qui assurerait une paix et une harmonie collective perpétuelles ."

Il n’y a pas , semble t’il d’exemple plus révélateur des espérances inconscientes de tout un peuple contemporain , qui se voue corps et bien à sa technologie , faute de pouvoir atteindre par lui-même un tel état d’apesanteur . Malgré la beauté esthétique et spirituelle de telles affirmations , et espérances , dont je serais prêt quelque part à me convaincre , on en vient tout de même encore , à se demander quelle part il y a ici à la lubie . Cette vision rejoint toutefois celle plus acide et violente de ce que l’on appelle plus ou moins proprement la culture "cyber-punk" , dont William Gibson avec Neuromancien que j’ai évoqué plus haut ,a été élu "pêre spirituel ."(Ainsi que plus récemment Pat Cadigan. )Le réseau est ici perçu comme une immense matrice , une immense entité spirituelle , sur lesquelles l’esprit des hommes seraient en mesure de venir directement se connecter . Des jeux , ou des espaces de rencontre ,que l’on peut nommer M.UD , sur Internet , apparaissent évoluer três rapidement vers cette voie , de tentative de réalisation de ces visions encore imaginaires : milieux culturels issus en grande partie de ceux qui ont développés les techniques du jeu de rôles ,où l’élément mythologique et cosmologique ,voire cosmogonique ,possêde une grande importance , ils évoluent naturellement dans ces notions qu’imposent les nouvelles technologies , d’interconnexion et de commutation, et ce sont d’eux , certainement ,que naîtront les formes de communication artistiques de demain ,quand la jonction entre java ,vrml et la téléconférence ( technologies dont je parle plus loin), puis l’être humain sera effectué ; quelque chose qui tiendrait d’une immersion à plusieurs ,autour d’un corps spirituel et physique , à l’autonomie réelle , à construire (De fait , je tente d’exploiter ce tissu conjonctif évoqué ,dans mon travail pratique.)


Dans la rubrique

+ 1) Le Mahabharata
+ 2) Du Mahabharata à la cyber-culture
+ 3) Nirvanet
+ 4 ) brain opera
+ 5) Les langages vrml (virtual reality modeling language) et Java.